Vendredi 18 janvier 2008
Conte des Orcades,Orkney Tales,traduit par Jean-Louis Laurin.


Un homme de Rackwick, sur l'île de Hoy, rentrait une nuit chez lui. Il avançait précautionneusement sur le sentier perché qui suit la falaise lorsqu'il croisa deux hommes étranges.

Les voyageurs portaient la tenue des marins et ne demandèrent rien d'autre à l'homme de Rackwick que l'heure qu'il était. Plutôt déconcerté de rencontrer deux étrangers sur ce chemin à une heure aussi avancée de cette nuit passablement sombre, l'homme de Rackwick sortit sa montre de sa poche de gilet et leur donna l'heure en essayant de voir s'il pouvait les reconnaître.

L'étranger en baissant la tête lui demanda alors d'où il tenait une aussi jolie montre.

Légèrement soupçonneux au début, notre voyageur pressé de rentrer répondit qu'il l'avait achetée en Ecosse quelques mois plus tôt lors d'une sortie de pêche.
Il observait ces curieux étrangers avec méfiance, craignant qu'ils ne cherchent à la lui dérober

L'étranger sourit. "Si vous regardez soigneusement cette montre, vous verrez qu'est gravé dans son boîtier le numéro 221268."
"Pour vous dire la vérité, je n'ai jamais étudié cette montre dans le détail," dit l'homme de Hoy. "mais je vais vérifier si cela peut vous faire plaisir."

Il ouvrit la montre, approcha le boîtier de ses yeux et put y voir un nombre à la lumière tremblotante d'une allumette. Celui-ci correspondait exactement à celui que venait de lui citer le sombre étranger.

L'étranger hocha la tête, semblant ignorer le regard de stupéfaction de l'homme de Hoy et montra simplement du doigt le bas de la falaise.
"Allez à la plage en bas de cette corniche et là, sur un rebord, vous trouverez mes restes. Regardez dans la poche. Vous y trouverez la chaîne de cette montre. Allez maintenant ! Récupérez ma dépouille et donnez-lui une sépulture correcte. Vous ne manquerez plus jamais de rien aussi longtemps que vous vivrez. Mais si vous ne le faites pas, vous n'aurez plus aucun repos, ni le jour, ni la nuit !"

À la suite de ces mots, les deux silhouettes s'évanouirent, se dissolvant dans le néant comme grise brume marine. L'homme de Hoy, terrifié, se mit à courir sur le chemin au-dessus de la falaise, aussi rapidement que ses jambes le lui permettaient, et atteignit Rackwick. Ce n'est qu'une fois là, en sécurité derrière sa porte verrouillée, qu'il s'arrêta pour reprendre sa respiration. La grisaille du petit matin chassait la nuit. L'homme s'étendit dans son lit et réfléchit aux événements de la nuit précédente, particulièrement à l'avertissement sinistre et solennel du spectre en cas d'échec. Finalement s'armant de courage, il rejeta les couvertures, s'habilla et sortit dans le froid matin d'hiver. Quelques instants plus tard, il avait rassemblé un petit groupe de vieux pêcheurs qu'il conduisit à l'endroit indiqué.

Sur un rebord léché par la mer, ils découvrirent un squelette, recouvert de loques. L'homme retourna la poche et en sortit une chaîne en or qui scintillait. Les pêcheurs recueillirent silencieusement les restes du marin et les ramenèrent à Rackwick. Ils furent inhumés quelques jours plus tard dans la terre consacrée du vieux cimetière.

Plus jamais les voyageurs ne rencontrèrent les deux marins perdus.

Par Elen - Publié dans : contes
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Vendredi 18 janvier 2008

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Les Saulteaux sont les membres d'une tribu amérindienne d'Amérique du Nord, plus particulièrement dans les provinces canadiennes de l'Ontario, du Manitoba et de la Saskatchewan.

Ils font partie de la nation Ojibwa et sont quelques fois appelés Ojibwas des plaines ou Anihšināpē. Leur langage est dérivé de l'algonquin, bien que la plupart de nos jours soit de langue maternelle anglaise. Le terme de Saulteaux dérive lui-même du français, signifiant "gens des chutes".

De par leur location géographique, les Saulteaux étaient surtout chasseurs-cueilleurs plutôt que tournés vers l'agriculture. Ils étaient à l'origine implantés autour du Lac Supérieur et du Lac Winnipeg principalement dans les régions de Sault Ste. Marie et du nord Michigan. Les Canadiens et Américains blancs les ont progressivement repoussés à l'ouest vers le Manitoba et la Saskatchewan avec également une communauté en Colombie-Britannique. Aujourd'hui la plupart vivent dans la région d'Interlake au sud du Manitoba et en Saskatchewan. Les Saulteaux possédaient des terres qui convenaient peu aux cultures des Européens; c'est la raison pour laquelle ils ont pu en conserver la plupart.

Les Saulteaux se nomment eux-même Nakawē. Pour leur voisins les Cris des Plaines, ils sont les Nahkawiyiniw qui a la même étymologie.


www.mnsu.edu
cat.inist.fr
www.aboriginalcanadaportal.com

Par Elen - Publié dans : indiens
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Vendredi 18 janvier 2008
conte d'Honoré de Balzac.

Groupées par masses autour de trois ou quatre chandelles, quelques femmes cousaient, d’autres filaient, plusieurs restaient oisives, le cou tendu, la tête et les yeux tournés vers un vieux paysan qui racontait une histoire. La plupart des hommes se tenaient debout ou couchés sur des bottes de foin. Ces groupes profondément silencieux étaient à peine éclairés par les reflets vacillants des chandelles entourées de globes de verre pleins d’eau qui concentraient la lumière en rayons, dans la clarté desquelles se tenaient les travailleuses. L’étendue de la grange, dont le haut restait sombre et noir, affaiblissait encore ces lueurs qui coloraient inégalement les têtes en produisant de pittoresques effets de clair-obscur. Ici brillait le front brun et les yeux clairs d’une petite paysanne curieuse ; là, des bandes lumineuses découpaient les rudes fronts de quelques vieux hommes, et dessinaient fantasquement leurs vêtements usés ou décolorés. Tous ces gens attentifs, et divers dans leurs poses, exprimaient sur leurs physionomies immobiles l’entier abandon qu’ils faisaient de leur intelligence au conteur. C’était un tableau curieux où éclatait la prodigieuse influence exercée sur tous les esprits par la poésie. En exigeant de son narrateur un merveilleux toujours simple ou de l’impossible presque croyable, le paysan ne se montre-t-il pas ami de la plus pure poésie ?

– Quoique cette maison eût une méchante mine, disait le paysan au moment où les deux nouveaux auditeurs se furent placés pour l’entendre, la pauvre femme bossue était si fatiguée d’avoir porté son chanvre au marché, qu’elle y entra, forcée aussi par la nuit qui était venue. Elle demanda seulement à y coucher ; car, pour toute nourriture, elle tira une croûte de son bissac et la mangea. Pour lors l’hôtesse, qui était la femme des brigands, ne sachant rien de ce qu’ils avaient convenu de faire pendant la nuit, accueillit la bossue et la mit en haut, sans lumière. Ma bossue se jette sur un mauvais grabat, dit ses prières, pense à son chanvre et va pour dormir. Mais, avant qu’elle ne fût endormie, elle entend du bruit, et voit entrer deux hommes portant une lanterne ; chacun d’eux tenait un couteau : la peur la prend, parce que, voyez-vous, dans ce temps-là les seigneurs aimaient tant les pâtés de chair humaine, qu’on en faisait pour eux. Mais comme la vieille avait le cuir parfaitement racorni, elle se rassura, en pensant qu’on la regarderait comme une mauvaise nourriture. Les deux hommes passent devant la bossue, vont à un lit qui était dans cette grande chambre, où l’on avait mis le monsieur à la grosse valise, qui passait donc pour nécromancien. Le plus grand lève la lanterne en prenant les pieds du monsieur ; le petit, celui qui avait fait l’ivrogne, lui empoigne la tête et lui coupe le cou, net, d’une seule fois, croc ! Puis ils laissent là le corps et la tête, tout dans le sang, volent la valise et descendent.
Voilà notre femme bien embarrassée. Elle pense d’abord à s’en aller sans qu’on s’en doute, ne sachant pas encore que la Providence l’avait amenée là pour rendre gloire à Dieu et faire punir le crime. Elle avait peur, et quand on a peur on ne s’inquiète de rien du tout. Mais l’hôtesse, qui avait demandé des nouvelles de la bossue aux deux brigands, les effraie et ils remontent doucement dans le petit escalier de bois. La pauvre bossue se pelotonne de peur et les entends qui se disputent à voix basse.
– Je te dis de la tuer.
– Faut pas la tuer.
– Tue-la.
– Non !
Ils entrent.
Ma femme, qui n’était pas bête, ferme l’œil et fait comme si elle dormait. Elle se met à dormir comme un enfant, la main sur son cœur, et prend une respiration de chérubin. Celui qui avait la lanterne, l’ouvre, boute la lumière dans l’œil de la vieille endormie, et ma femme de ne point sourciller, tant elle avait peur pour son cou.
– Tu vois bien qu’elle dort comme un sabot, dit le grand.
– C’est si malin les vieilles, répond le petit. Je vais la tuer, nous serons plus tranquilles. D’ailleurs nous la salerons et la donnerons à manger à nos cochons.
En entendant ce propos, ma vieille ne bouge pas.
– Oh ! bien, elle dort, dit le petit crâne en voyant que la bossue n’avait pas bougé.
Voilà comment la vieille se sauva. Et l’on peut bien dire qu’elle était courageuse. Certes, il y a ici des jeunes filles qui n’auraient pas eu la respiration d’un chérubin en entendant parler des cochons.
Les deux brigands se mettent à enlever l’homme mort, le roule dans ses draps et le jettent dans la petite cour, où la vieille entend les cochons accourir en grognant : hon, hon ! pour le manger.
Pour lors, le lendemain, reprit le narrateur après avoir fait une pause, la femme s’en va, donnant deux sous pour son coucher. Elle prend son bissac, fait comme si de rien n’était, demande des nouvelles du pays, sort en paix et veut courir. Point ! La peur lui coupe les jambes, bien à son heur. Voici pourquoi. Elle avait à peine fait un demi-quart de lieue, qu’elle voit venir un des brigands qui la suivait par finesse pour s’assurer qu’elle n’eût rien vu. Elle te devine ça et s’assied sur une pierre.
– Qu’avez-vous, ma bonne femme ? lui dit le petit, car c’était le petit, le plus malicieux des deux, qui la guettait.
– Ah ! mon bon homme, qu’elle répond, mon bissac est si lourd, et je suis si fatiguée, que j’aurais bien besoin du bras d’un honnête homme (voyez vous c’te finaude !) pour gagner mon pauvre logis.
Pour lors le brigand lui offre de l’accompagner. Elle accepte. L’homme lui prend le bras pour savoir si elle a peur. Ha ! ben, c’te femme ne tremble point et marche tranquillement. Et donc les voilà tous deux causant agriculture et de la manière de faire venir le chanvre, tout bellement jusqu’au faubourg de la ville où demeurait la bossue et où le brigand la quitte, de peur de rencontrer quelqu’un de la Justice.
La femme arriva chez elle à l’heure de midi et attendit son homme en réfléchissant aux évènements de son voyage et de la nuit. Le chanverrier rentra vers le soir. Il avait faim, il faut lui faire à manger. Donc, tout en graissant sa poêle pour lui faire frire quelque chose, elle lui raconte comment elle a vendu son chanvre, en bavardant à la manière des femmes, mais elle ne dit rien des cochons, ni du monsieur tué, mangé, volé. Elle fait donc flamber sa poêle pour la nettoyer. Elle se retire, veut l’essuyer, la trouve pleine de sang.
– Qu’est-ce que tu as mis là-dedans ? dit-elle à son homme.
– Rien, qu’il répond.
Elle croit avoir une lubie de femme et remet sa poêle au feu. Pouf ! une tête tombe par la cheminée.
– Vois-tu ? C’est précisément la tête du mort, dit la vieille. Comme il me regarde ! Que me veut-il donc ?
– Que tu le venges ! lui dit une voix.
– Que tu es bête, dit le chanverrier ; te voilà bien avec tes berlues qui n’ont pas de sens commun.
Il prend la tête, qui lui mord le doigt, et la jette dans la cour.
– Fais mon omelette, qui dit, et ne t’inquiète pas de ça. C’est un chat.
– Un chat, qu’elle dit, il était rond comme une boule.
Elle remet la poêle au feu. Pouf ! tombe une jambe. Même histoire. L’homme, pas plus étonné de voir le pied que d’avoir vu la tête, empoigne la jambe et la jette à sa porte. Finalement, l’autre jambe, les deux bras, le corps, tout le voyageur assassiné tombe un à un. Point d’omelette. Le vieux marchand de chanvre avait bien faim.
– Par mon salut éternel, dit-il, si mon omelette se fait, nous verrons à satisfaire cet homme-là.
– Tu conviens donc maintenant que c’est un homme ? dit la bossue. Pourquoi m’as-tu dit tout à l’heure que c’était pas une tête, grand asticoteur ?
La femme casse les œufs, fricasse l’omelette et la sert sans plus grogner, parce qu’en voyant ce grabuge elle commence à être inquiète. Son homme s’assied et se met à manger. La bossue qui avait peur, dit qu’elle n’a pas faim.
– Toc, toc ! fait un étranger en frappant à la porte.
– Qui est là ?
– L’homme mort d’hier.
– Entrez, répond le chanverrier
Donc, le voyageur entre, se met sur l’escabelle et dit :
– Souvenez-vous de Dieu, qui donne la paix pour l’éternité aux personnes qui confessent son nom ! Femme, tu m’as vu faire mourir, et tu gardes le silence. J’ai été mangé par les cochons ! Les cochons n’entrent pas dans le paradis. Donc moi, qui suis chrétien, j’irai dans l’enfer faute par une femme de parler. Ça ne s’est jamais vu. Faut me délivrer ! et autres propos.
La femme, qu’avait toujours de plus en plus peur, nettoie sa poêle, met ses habits du dimanche, va dire à la Justice le crime qui fut découvert, et les voleurs joliment roués sur la place du marché.
Cette bonne œuvre faite, la femme et son homme ont toujours eu le plus beau chanvre que vous ayez jamais vu. Puis, ce qui leur fut plus agréable, ils eurent ce qu’ils désiraient depuis longtemps, à savoir un enfant mâle qui devint, par suite des temps, baron du Roi. Voilà l’histoire véritable de la bossue courageuse.

Par Elen - Publié dans : contes
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Vendredi 18 janvier 2008
nouvelle rubrique:les petites clés de cette rubrique vous permettront de comprendre un peu mieux la littérature celtique irlandaise.




COURS de GAELIQUE:d'après les travaux de Patrick Le Besco,l'Harmattan.
 
extrait d'un conte irlandais de Georges Dottin en Cló-rómhánach.(gaélique de la version originale):
 
A bhfad ó shoin ,bhí lánamhain phósta dar b'ainm Pádraig agus Nuala ní Chiaracháin.Bhídheadar bliadhain agus fiche pósta gan aon chlann do bheith aca,agus bhí brón mór orra,mar nach raibh aon oidhre aca le na gcuid saidhbris d'fhágbháil aige.Bhí dá acra talmhan,bó agus péire gabhar aca,agus bhí tuairm aca go rabhadar saidhbhir.
Aon oichdhe amháin,bhí Pádraig teacht a-bhaile ó theach duine mhuinntirigh,agus nuair tháinig sé chomh fada leis an roilig mhaoil,tháinig sean duine liath amach agus dubhairt:"Go mbeannaigh Dia Dhuit.""Go mbeannaigh' Dia' gus Muire Dhuit,"ar Pádraig."Cad atá ag cur bróin ort?,ar san sean duine."Ní 'l morán go deihin,",ar Pádraig,"ní bhéidh mé a bhfad beó ,agus ní 'l mac 'ná inghean le caoineadh mo dhiaigh nuair gheobhas bás.""B'éidir nach mbeidheá mar sin,"ar san sean-duine."Faraor!béidhead"ar Pádraig,"táim bliadhain agus fiche pósta,agus ní 'l aon chosamlacht fós."
"Glac m'focal-sa go mbéidh mac óg ag do mhnaoi,trí ráithe ó'n oidhche anocht."
An buachaill do bhí a bhfad air a mháthair
traduction:
Le garçon qui avait été longtemps sur le (sein) de sa mère.
Il y a longtemps de cela,il y avait un couple d'époux qui s'appelait Pádraig et Nuala ní Chiaracháin.Ils étaient mariés depuis vingt et un ans sans avoir un enfant et ils avaient un grand chagrin parce-qu'ils n'avaient pas d'héritier à qui laisser leurs biens.Ils avaient deux âcres de terre,une vache et une paire de chèvres,et ils se figuraient qu'ils étaient riches.
Un soir,une fois,Pádraig rentrait chez lui,venant de chez un de ses amis,et comme il arrivait à la hauteur du cimetière,un vieillard en sortit et dit:"Que Dieu te bénisse!"-"Que Dieu et la Sainte Vierge te bénissent!"dit Pádraig.-"Qu'est-ce qui te cause de la peine?"dit le vieillard.-"Pas grand chose,en vérité,"dit Pádraig,"je ne serai pas longtemps en vie,t je n'ai ni fils ni fille qui pleure ma fin quand j'aurai trouvé la mort".
"Il est possible ça ne se passe pas ainsi,"dit le vieillard."Hélas!ça sera comme ça,"dit Pádraig"je suis marié depuis vingt et un ans et il n'y a pas d'apparence".-"Crois-en ma parole,que ta femme aura un fils,dans trois trimestres à partir de ce soir."
Par Elen - Publié dans : gaélique
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Vendredi 18 janvier 2008
conte de charles perrault


Il était une fois un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient sept enfants, tous des Garçons. L'aîné n'avait que dix ans et le plus jeune n'en avait que sept. On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfants en si peu de temps ; mais c'est que sa femme allait vite en besogne, et n'en faisait pas moins de deux à la fois. Ils étaient très pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était tout petit, et quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l'on l'appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours tort.Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s'il parlait peu, il écoutait beaucoup. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que les enfants étaient couchés, et que le Bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur :
– Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu d'aller les perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient.
– Ah ! s'écria la Bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants ?
Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir ; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. Le petit Poucet entendit tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu depuis son lit qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement, et s'était glissé sous l'escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d'un ruisseau où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne dit rien de tout ce qu'il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt très épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l'un l'autre. Le Bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné. Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison ; car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc :
– Ne craignez point, mes frères ; mon Père et ma Mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement.
Ils le suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison par le même chemin qu'ils étaient venus dans la Forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte pour écouter ce que disaient leur Père et leur Mère.

Dans le moment que le Bûcheron et la Bûcheronne arrivèrent chez eux, le Seigneur du Village leur envoya dix écus qu'il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien. Cela leur redonna vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le Bûcheron envoya sur l’heure sa femme à la Boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n'avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux. Lorsqu'ils furent rassasiés, la Bûcheronne dit :
– Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ? Ils feraient bonne chère de ce qui

nous reste là. Mais aussi Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre ; j'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette Forêt ? Hélas ! mon Dieu, les Loups les ont peut-être déjà mangés ! Tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants.
Le Bûcheron s'impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient et qu'elle l'avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle lui rompait la tête, et qu'il était de l'humeur de beaucoup d'autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. La Bûcheronne était toute en pleurs
– Hélas ! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ?
Elle le dit une fois si haut que les enfants qui étaient à la porte, l'ayant entendu, se mirent à crier tous ensemble :
– Nous voilà, nous voilà.
Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :
– Que je suis contente de vous revoir, mes chers enfants ! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille.
Ce Pierrot était son fils aîné qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et qu'elle était un peu rousse. Ils se mirent à Table, et mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au Père et à la Mère, à qui ils racontaient la peur qu'ils avaient eue dans la Forêt en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais lorsque lorsque l'argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois. Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d'affaire comme il avait déjà fait ; mais quoiqu'il se fût levé de bon matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la Bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient ; il le serra donc dans sa poche. Le Père et la Mère les menèrent dans l'endroit de la Forêt le plus épais et le plus obscur, et dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver aisément son chemin grâce à son pain qu'il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette ; les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé. Les voilà donc bien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient dans la Forêt. La nuit vint, et il s'éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n'entendre de tous côtés que des hurlements de Loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les trempa jusqu'aux os ; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains. Le petit Poucet grimpa au haut d'un Arbre pour voir s'il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d'une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la Forêt. Il descendit de l'arbre ; et lorsqu'il fut à terre, il ne vit plus rien ; cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté qu'il avait vu la lumière, il la revit en sortant du Bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu'ils descendaient dans quelques fonds. Ils heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu'ils voulaient ; le petit Poucet lui dit qu'ils étaient de pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la Forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et leur dit :
– Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c'est ici la maison d'un Ogre qui mange les petits enfants ?
– Hélas ! Madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses frères, que ferons-nous ? Il est bien sûr que les Loups de la Forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous retirer chez vous. Et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange ; peut-être qu'il aura pitié de nous,si vous voulez bien l'en prier.
La femme de l'Ogre, qui crut qu'elle pourrait les cacher à son mari jusqu'au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d'un bon feu ; car il y avait un Mouton tout entier à la broche pour le souper de l'Ogre. Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent frapper trois ou quatre grands coups à la porte : c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le Mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il reniflait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche.
– Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d'habiller que vous sentez.
– Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n’entends pas.
En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit.
– Ah, dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme ! Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi ; bien t'en prend d'être une vieille bête. Voilà du Gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois Ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours ici.
Il les tira de dessous le lit l'un après l'autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui demandant pardon ; mais ils avaient à faire au plus cruel de tous les Ogres, qui bien loin d'avoir de la pitié les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce serait là de friands morceaux lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce. Il alla prendre un grand Couteau, et en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre qu'il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit :
– Que voulez-vous faire à l'heure qu'il est ? N'aurez-vous pas assez de temps demain matin ?
– Tais-toi, reprit l'Ogre, ils en seront plus mortifiés.
– Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme ; voilà un Veau, deux Moutons et la moitié d'un Cochon !
– Tu as raison, dit l'Ogre, donne-leur bien à souper afin qu'ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher.
La bonne femme fut ravie de joie, et leur  

porta bien à souper, mais ils ne purent manger tant ils étaient saisis de peur. Pour l'Ogre, il se remit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien régaler ses amis. Il but une douzaine de coupes, plus qu'à l'ordinaire, ce qui lui donna un peu dans la tête, et l'obligea de s’aller coucher.

L'Ogre avait sept filles qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites Ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et éloignées l'une de l'autre. Elles n'étaient pas encore fort méchantes ; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang. On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une Couronne d'or sur la tête. Il y avait dans la même Chambre un autre lit de la même grandeur ; ce fut dans ce lit que la femme de l'Ogre mit coucher les sept petits garçons ; après quoi elle alla se coucher auprès de son mari. Le petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l'Ogre avaient des Couronnes d'or sur la tête, et qui craignait qu'il ne prît à l'Ogre quelque remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l'Ogre, après leur avoir ôté leurs Couronnes d'or qu'il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne, afin que l'Ogre les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu'il voulait égorger. La chose réussit comme il l'avait pensé ; car l'Ogre, s'étant éveillé vers minuit, eut regret d'avoir différé au lendemain ce qu'il pouvait exécuter la veille ; il se jeta donc brusquement hors du lit, et prenant son grand Couteau :
– Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles ; n'en faisons pas à deux fois.
Il monta donc à tâtons à la Chambre de ses filles et s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'Ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L'Ogre, qui sentit les Couronnes d'or :
– Vraiment, dit-il, j'allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que j'ai trop bu hier soir.
Il alla ensuite au lit de ses filles où, ayant senti les petits bonnets des garçons :
– Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ! travaillons hardiment.
En disant ces mots, il coupa sans balancer la gorge à ses sept filles. Fort content de ce coup, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l'Ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient. L'Ogre s'étant éveillé dit à sa femme :
– Va-t'en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir.
L'Ogresse fut fort étonnée de la bonté de

son mari, ne se doutant point de la manière qu'il entendait qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu'elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s'évanouir (car c'est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres). L'Ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l'avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spectacle.
– Ah ! qu'ai-je fait là ? s'écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout à l’heure.
Il jeta aussitôt une potée d'eau au visage de sa femme, et l'ayant fait revenir :– Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j'aille les attraper.
Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient les pauvres enfants qui n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent l'Ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il aurait fait le moindre ruisseau. Le petit Poucet, qui vit un Rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères, et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que l'Ogre deviendrait. L'Ogre, qui se trouvait fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer, et par hasard il alla s'asseoir sur la roche où les petits garçons s'étaient cachés. Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement que les pauvres enfants n'en eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand Couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison, pendant que l'Ogre dormait bien fort, et qu'ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil et gagnèrent vite la maison. Le petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui retira doucement les bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient bien grandes et bien larges ; mais comme elles étaient Fées, elles avaient le don de s'agrandir et de s’apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à
ses jambes que si elles avaient été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l'Ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.
– Votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger, car il a été pris par une troupe de Voleurs qui ont juré de le tuer s'il ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment où ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu'il a de vaillant sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans miséricorde. Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur.
La bonne femme fort effrayée lui donna

aussitôt tout ce qu'elle avait : car cet Ogre ne laissait pas d'être fort bon mari, quoiqu'il mangeât les petits enfants. Le petit Poucet étant donc chargé de toutes les richesses de l'Ogre s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui ne sont pas d'accord avec cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n'a jamais fait ce vol à l'Ogre ; qu'à la vérité, il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu'il ne s'en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du Bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il s'en alla à la Cour, où il savait qu'on était fort en peine d'une Armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d'une Bataille qu'on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le Roi, et lui dit que s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l'Armée avant la fin du jour. Le Roi lui promit une grosse somme d'argent s'il en venait à bout. Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait ; car le Roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l'Armée, et une infinité de Dames lui donnaient tout ce qu'il voulait pour avoir des nouvelles de leurs Amants, et ce fut là son plus grand gain. Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de Lettres pour leurs maris, mais elles le payaient si mal, et cela allait à si peu de chose, qu'il ne  daignait mettre en ligne de compte ce qu'il gagnait de ce côté-là. Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta des Offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa Cour en même temps.


MORALITÉ

On ne s’afflige point d’avoir beaucoup d’enfants,
Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,
Et d’un extérieur qui brille ;
Mais si l’un d’eux est faible on ne dit mot,
On le méprise, on le raille, on le pille.
Quelques fois cependant c’est ce petit marmot
Qui fera le bonheur de toute sa famille.

Par Elen - Publié dans : contes
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Vendredi 18 janvier 2008

Chanson de Christophe Mae,album;Mon paradis,Année;2007,titre;maman.



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Quand je la regarde faire, j'ai les larmes aux yeux
Mais ce n'est qu'une mère qui voudrait être le bon Dieu
Ce n'est qu'une mère qui voudrait être le bon Dieu
Pour ne jamais voir l'enfer dans le vert de mes yeux
Alors je danse vers des jours heureux
Alors je danse vers et je m'avance vers
Des jours heureux

Refrain :
Je t'aime, je t'aime
Maman, maman
Je t'aime passionnément
Je t'aime, je t'aime
Maman, maman
Je t'aime simplement

Quand je regarde mon père et ses yeux amoureux
Elle sera sûrement la dernière dans ses bras à lui dire adieu, adieu
Elle a mal sans en avoir l'air pour qu'autour d'elle ceux
Qui la regardent faire ferment les yeux
Pour qu'autour d'elle ceux qui la regardent faire n'y voient que du feu

Refrain (x2) :
Je t'aime, je t'aime
Maman, maman
Je t'aime passionnément
Je t'aime, je t'aime
Maman, maman
Je t'aime simplement

J'ai pas su trouver les mots
Pour te parler, je sais
Mais je pense être assez grand
Alors aujourd'hui j'essaie
Tu l'as bien compris je crois
Je t'aime en effet
Tu l'as bien compris je crois
Je t’aime pour de vrai (x5)
Tu l'as bien compris je crois
Je t'aime en effet
Tu l'as compris je crois
Je t'aime pour de vrai
Oh Maman
Je t'aime pour de vrai (x2)
Je t'aime, je t'aime pour de vrai

Par Elen - Publié dans : paroles de chansons
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Jeudi 17 janvier 2008

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"Fais de ta plainte un chant d'amour pour ne plus savoir que tu souffres"

Par Elen
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Jeudi 17 janvier 2008
Conte  irlandais de Sophia Morrison(1860-1917),publié à Londres par David Nutt en 1911 et traduit en français par Jean-Louis Laurin.

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Il y avait autrefois une femme d'une paresse extraordinaire. Elle était plus que paresseuse : elle ne faisait rien de ses journées à part s'asseoir dans le coin du poêle (chiollagh) pour se chauffer ou se rendre chez les voisins pour écouter les ragots.
Son homme lui donnait parfois du linge à repriser ou à remettre en état. Le pauvre homme n'était jamais très bien mis car comme elle ne s'occupait de rien, il portait plutôt des loques. Il lui disait de recoudre ou de repriser pendant qu'il se reposait de ses longues journées de travail, mais tout ce qu'il obtenait d'elle c'était : "J'ai bien le temps !" (liooar dy de Traa)
Un jour qu'il était chez lui, il lui dit :
- Voici mon linge et voici du fil. Mets-toi au travail. Si ce n'est pas fait dans un mois, je te jette au fossé. Toi et tes "J'ai bien le temps !" vous me laissez presque nu.
Elle était bien trop paresseuse pour s'y mettre. Elle feignait seulement de travailler dur quand l'homme était là. Chaque soir, avant qu'il ne rentre, elle sortait le rouet et le laissait bien en évidence sur le plancher en laissant dessus un vêtement à lui pour lui faire croire qu'elle l'avait utilisé.
Le mari, comme il voyait le rouet si souvent sorti, lui demanda si elle avait assez de fil à rendre au tisserand. Il était passé la semaine précédente et avait laissé son lin brut. Elle n'avait en réalité tourné qu'une seule pelote, et encore celle-ci était pleine de nœuds et rugueuse comme l'ajonc.
Quand son mari lui dit :
- Je vois la roue souvent sortie quand je rentre le soir. Peut-être as-tu maintenant tourné assez de fil pour que je le donne au tisserand la semaine prochaine ?
- Je ne sais pas du tout, répondit l'épouse. Peut-être qu'on devrait compter les pelotes.
Alors le jeu a commencé ! Elle est montée dans le grenier et lui a jeté la pelote par le trou.
- Compte-les et renvoie-les moi, a-t-elle dit.
Elle lui lança la pelote, il la lui renvoya et le jeu dura un moment encore. Alors elle dit :
- C'est tout ce qu'il y a là-dedans.
- Oh ! Vous avez bien tourné, la femme. On en a une bonne quantité à livrer au tisserand.
Elle comprit alors qu'elle s'était mise dans un sale pétrin et n'avait guère d'idées pour s'en sortir. Elle savait ce qui allait lui en coûter si son subterfuge était découvert mais elle ne trouvait pas de solution.
Elle se souvînt alors qu'il y avait un géant qui vivait dans un endroit isolé en haut de la montagne. Elle avait entendu dire qu'il ne rechignait pas sur le travail.

Elle pensa :
- Je vais m'adresser à lui.
Tôt le lendemain matin, elle prit ses rouleaux de lin brut et partit vers le haut des collines. Elle arriva à la maison du géant.
- Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda le géant.
- Je veux que tu m'aides, dit-elle. Et elle lui expliqua tout ce qu'il y avait à savoir à propos de la pelote de fil.
- Je tournerai ces rouleaux, dit le géant, et si dans une semaine quand tu viendras chercher le fil, tu peux me dire comment je m'appelle, mon travail t'appartiendra. Sinon, je garde le tout. Cela te va-t-il ?
- Pourquoi cela ne me conviendrait-il pas ? dit la femme.
Elle pensait en elle-même que ce serait une chose bien étrange si elle ne parvenait pas à découvrir ce nom au cours de la semaine.
Pourtant, elle eut beau tout essayer pour le découvrir, personne ne fut en mesure de le lui dire. Le temps passait rapidement et elle n'avait toujours pas la moindre idée de ce maudit nom. 
Arriva la veille du jour où elle devait retourner chez le géant.
Ce jour-là, le mari qui devait passer par la montagne pour rentrer de son travail - on était en début de soirée - aperçut la maison du géant. Plus il s'en approchait, plus il la voyait inondée de lumière ; il entendait de plus en plus distinctement les bruits d'une grande activité, des sifflements, des chants, des rires, des cris.
Il se glissa près de la fenêtre et vit à l'intérieur le grand géant qui activait une roue qui tournait comme le vent. Et ses mains qui tenaient le fil voletaient en avant et en arrière, en avant et en arrière, rapides comme l'éclair. Et lui, le géant, criait à la roue siffleuse : - Allez, tourne, roue, tourne, vite, encore plus vite ; et chante, et roule, et chante plus fort !
Et plus il chantait, plus la roue tournait vite.
"Tourne, roue, tourne ; chantez, roulez, chantez ;
Chaque navette sur la maison, roue aérienne.
Elle, elle a le lin, et moi j'ai le fil,
Comment pourrait-elle deviner, l'épouse paresseuse,
Que mon nom est Mollyndroat !"
(queeyl de Snieu, snieu; 'rane, queeyl, 'rane;
Thie du clea heu y d'aooilley de Dy, snieu heu mon skyn.
Yn de Lheeish ollan, snaie des lhiams y,
Litcheragh du yn TSV de t'ec de fys de S'beg
Dy au sujet de Mollyndroat mon ennym!)
Quand le mari rentra et comme il était en retard, son épouse lui demanda :
- Comment se fait-il que tu rentres si tard ? As-tu appris quelque chose de nouveau ?
- Tu n'as pas ta pareille pour tourner la roue, je peux te l'affirmer ; mais j'ai quand même vu quelqu'un qui allait plus vite que toi. Jamais depuis que je suis né, je n'avais vu tourner une roue aussi vite et filer un fil aussi fin que le fil de la Vierge. Ni entendu un chant comme celui qui résonnait dans la maison du géant ce soir.
- Qu'est-ce qu'il chantait ? demanda la femme. Alors l'homme lui chanta la chanson du géant :
"Tourne, roue, tourne ; chantez, roulez, chantez ;
Les gerbes de paille sur la maison, roue aérienne.
Le lin est à elle, le fil est à moi,
Comment pourrait-elle deviner, l'épouse paresseuse,
Que mon nom est Mollyndroat !"

Vous ne pouvez pas vous imaginer la joie et le soulagement de cette femme quand elle entendit cette chanson !
- Oh ! Quelle chanson merveilleuse ! Chante-la encore, mon homme, dit-elle.
Il la lui chanta et rechanta, jusqu'à ce qu'elle l'ait sue par cœur.
Tôt le matin suivant, elle se rendit aussi rapidement qu'elle put chez le géant. La route était longue et un peu monotone sous les arbres. Aussi, pour se donner du courage elle se mit à chanter :
"Tourne, roue, tourne ; tourne, roue, tourne
Les branches de l'arbre, roue aérienne.
Le lin est à lui, le fil est à moi,
Le vieux Mollyndroat ne l'aura jamais."
(Snieu, queeyl, snieu; snien, queeyl, snieu
Vffiey vangan du chooilley heu y de Dy, snieu heu mon skyn.
Yn de hene de S'lesh ofian, comme lesh mon snaie du hene y,
Braa dy de voeu de cha de Mollyndroat de shenn de fils hein.)
En arrivant, elle trouva la porte grande ouverte et elle entra.
- Je suis venue chercher le fil, dit-elle.
- Bien, bien, dit le géant. Mais, femme, n'oublie pas notre marché. Si tu ne peux pas me dire comment je m'appelle, pas de fil pour toi. Alors quel est mon nom ?
- Serait-ce Mollyrea ? dit-elle en faisant semblant de chercher.
- Non, ce n'est pas ça, dit-il.
- Faites-vous partie de la famille des Mollyruiy ?
- Je n'appartiens pas à ce clan !
- Vous appelle-t-on Mollyvridey ?
- Jamais de la vie.
- Je sais : vous vous appelez Mollychreest.
- Vous vous trompez.
- Portez-vous le nom de Mollyvoirrey ?
- Je vous donne ma parole que je n'ai pas ce nom là.
- Vous vous appelez peut-être Mollyvartin ?
- Pas du tout !
- Pourtant, dit elle, il n'y que sept familles sur l'Ile dont le nom commence par Molly. Si vous n'êtes pas un Mollycharaine, vous n'êtes rien du tout et vous n'êtes pas de l'île de Man.
- Je ne suis pas un Mollycharaine, dit-il. Maintenant, faites attention, femme. Le prochain nom que vous me donnerez sera aussi le dernier !
En entendant cela, elle feignit d'être effrayée. Elle dit lentement en pointant son doigt sur lui :
Le lin est à lui, le fil est à moi,
Que votre volonté soit que Moll-Yn-Droat ne le possède jamais.
(Yn de hene de S'lesh ollan, comme lesh mon snaie du hene y,
Braa dy de voeu de cha de Yn-droat de shenn-Moll- de fils hein.)
Le géant comprit qu'il s'était fait duper ; il entra dans une fureur noire :
- Maudite femme ! Vous n'auriez jamais découvert mon nom si vous n'étiez pas une sorcière !
- Soyez maudit vous-même, mon garçon, pour avoir essayé de voler le lin d'une honnête femme !
- Allez au diable, vous et votre bien, hurla-t-il en bondissant et en lui jetant ses pelotes de fil.
Elle rentra chez elle avec ses pelotes. Et si par la suite, elle ne tourna pas elle-même sa roue et son lin pour en faire du fil, ce n'est ni par votre faute, ni par la mienne.

Par Elen - Publié dans : contes - Communauté : ECRIMANIA ETPEINTURE
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Jeudi 17 janvier 2008

conte de Catherine Dehay


C
ette histoire s'est passée au temps où les poules avaient des
dents.
Un jour de la semaine des quatre jeudis, le roi de Prusse convoqua
son plus fidèle valet :
- J'ai une mission très délicate à te confier ! Depuis plusieurs
..
mois, une rumeur hante mon royaume, je n'en dors plus de la
..
nuit. Il paraît que j'ai une araignée dans le plafond ! Il faut abso-
..
lument que tu me débarrasses de cette horrible bestiole. Voici
..
la clé qui ouvre la porte de mon plafond, je te donne carte blanche.
I
l faut avouer que le valet n'aimait pas vraiment travailler pour le roi
de Prusse. Mais cette fois-ci, ce travail inattendu lui sembla digne
d'intérêt et allait enfin le changer des corvées habituelles. Le valet
prit donc l'énorme clé et la petite carte, puis commença l'ascension
de l'interminable escalier qui menait au plafond du roi…Au bout de
plusieurs heures, il aperçut enfin une porte minuscule.
L
e valet tourna péniblement la lourde clé dans la serrure. La porte
s'ouvrit sur une peinture surprenante qui s'appelait le Tohu-Bohu !
D
ans cet univers étrange vivait une multitude d'êtres extrava-
gants. On pouvait observer des gens qui avaient le bras long, un
poil dans la main (pouvant servir de canne), la tête dans les
nuages, une tête de linotte, une langue de vipère ou une bouche
cousue, des yeux plus gros que le ventre, des yeux de merlan frit.
Plusieurs d'entre eux avaient même presque tout à la fois.
O
n rencontrait aussi des hommes de plume, de paille, de sac et
de corde, cousus d'or, des gens tout sucre tout miel, ou tout feu
tout flamme, des créatures bizarres telles que des dictionnaires
vivants, des pique-assiettes, des boute-en-train, des rabat-joie,
des rastaquouères, des raminagrobis, des grands manitous, des
as de pique, des maîtres Aliboron, des moulins à paroles et des
barbacoles, des vieilles badernes et des cordons bleus... Ouf !
Arrêtons-nous là, car la liste n'en finit pas !
Et puis, on découvrait une faune extraordinaire : Des oiseaux
rares, des merles blancs, des rossignols d'Arcadie, des gobe-
mouches, des rats de bibliothèque , des moutons de Panurge,
des brebis galeuses, des boucs émissaires, des vieux macaques,
etc. Mais l'araignée dans tout ça ?
L
es habitants du Tohu-Bohu exerçaient des métiers originaux :
On croisait des fileurs de mauvais coton, des enfonceurs de
portes ouvertes, des chasseurs de coquecigrues, des dénicheurs
de merles, des semeurs de zizanie, des joueurs de badigoince,
des casseurs de sucre (sur le dos des autres), des empêcheurs
de tourner en rond.
L
a plupart des Tohubohuciens s'adonnaient à des activités peu
banales. Certains broyaient du noir , brouillaient les cartes, mélan-
geaient les torchons et les serviettes, cassaient les cheveux en
quatre ou peignaient la girafe, d'autres tournaient autour du pot ou
découvraient le pot aux roses, d'autres encore nageaient entre deux
eaux, pêchaient en eau trouble ou volaient de leurs propres ailes...
Tout le mondes semblait trop occupé pour avoir aperçu une
araignée !
Toutes ces personnes fantasques vivaient dans des lieux insolites,
on s'en serait douté !
Ils étaient dans le bain, dans les pommes, dans la mouise, dans
les vignes du seigneur ou dans les brindezingues, dans la fleur de
l'âge, sur des lits de roses, dans de beaux draps, dans leurs petits
souliers ou sur un grand pied, au pied de la lettre, au pied du mur,
au septième ciel et même dans la lune (la lune du Tohu-Bohu bien
sûr). Mais dans tous ces endroits inhabituels, point d'araignée !
L
e valet alla trouver les gens qui passaient toutes sortes de
choses peu ordinaires :
" Nous passons au bleu, nous passons la pommade, l'éponge, le
savon, mais nous n'avons pas vu passer d'araignée ! Pourtant,
nous passons tout au peigne fin ! "
A
lors, il rencontra ceux qui mettaient des choses bizarres :
" Nous mettons la charrue avant les bœufs, les bâtons dans les
roues, les ailes au talon, du foin dans les bottes, les pieds dans le
plat, la main à la pâte, du noir sur du blanc, nous mettons le holà,
les pendules à l'heure, les points sur les i, mais cette araignée-ci
doit avoir le point sur le i, car nous ne l'avons pas vu passer ! "
S
ans se décourager pour autant, le serviteur se dirigea vers ceux
qui cherchaient des choses abracadabrantes : " Nous cherchons
d'où vient le vent, midi à quatorze heures, une aiguille dans une
botte de foin, un poil sur les œufs, nous cherchons des noises, ou
la petite bête, mais nous ne cherchons pas d'araignée ! "
P
uis il se tourna vers les gens qui vendaient et donnaient de nom-
breuses choses assez singulières :
" Nous vendons la peau de l'ours, nous vendons la mèche... Nous
donnons des tuyaux, du fil à retordre, du tintouin, nous donnons la
langue au chat. Mais nous ne vendons ni ne donnons d'araignée ! "
D
éçu, le valet s'adressa aux personnes qui avaient des tas de
drôles de choses :
" Nous avons des absences, du nez, du toupet, du chic, un cheveu
sur la langue, nous avons la berlue, le cafard, la puce à l'oreille,
mais vous n'avez pas de chance, nous n'avons pas d'araignée ! "
A
lors sans grand espoir, il alla trouver les gens qui faisaient
beaucoup de choses :
" Nous faisons du boucan, du chambard, des chichis, des esbrou-
fes, du flafla, des salamalecs... Nous faisons aussi la nique, la
nouba, le mariole, la navette et même la pluie et le beau temps et le
lézard de temps en temps ! Mais nous sommes désolés, nous ne
faisons pas d'araignée ! "
F
ort désappointé, le valet quitta ce pays fantastique.
C
ependant, il prit soin d'emporter avec lui quelques souvenirs du
Tohu-Bohu : Du toupet, un savon, un sac de poudre d'escampette
d'excellente qualité et une petite bête, une mouche pour être plus
précis. Après tout, elle pourrait remplacer l'araignée. Le roi qui
n'avait pas inventé la poudre, n'y verrait peut-être que du bleu !
L
e valet retourna donc auprès du roi de Prusse et lui présenta
l'insecte noir dans une belle cage dorée. Le roi prit quand même la
mouche, rit jaune, vit tout rouge, entra dans une colère noire et
voulu envoyer son digne serviteur sur les roses.
Mais le valet qui avait du toupet lui passa un savon et prit la poudre
d'escampette ! Quant au roi, il passa une nuit blanche.
Un conte à dormir debout, en somme !

 

Par Elen - Publié dans : contes
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Mercredi 16 janvier 2008

Pour tester se connaissances ,c'est ici!




www.quizz.biz/quizz-146.html

Par Elen - Publié dans : je suis venue vous dire
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